La Chapelle de la Joie selon le Recteur Le Coz

Note importante : Les Chroniques du Recteur François-Marie Le Coz ont été écrites pendant la période de son sacerdoce en la paroisse de Penmarc'h, soit entre 1887 et 1911. Ces chroniques ont été réalisées à la plume sergent major sur cahier d'écolier ; les textes suivants sont donc une retranscription des écrits du Recteur, sa mise en page ayant été respectée au plus près.


--------------------------------------------------------------------------------------------------------------Page 75-------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Notre-Dame de la Joie


La chapelle de N.-D. de la Joie est un peu plus moderne que celle de St Pierre. Le calvaire qui se trouve à côté porte la date 1588.
Ce nom "N.-D. de la Joie", indique, selon M. de Fréminville, la substitution du Christianisme dans un lieu précédemment consacré à une divinité réunifiant les attributions de Cybèle et de Vénus (1). Par le fait, il y a une pierre Celtique a 200 pas au sud de la chapelle : il y en avait une autre au milieu des maisons de Kérity jusqu'en 1825. Le nom de "N.-D. de la Liesse"


Note de bas de page :
(1) Voir page 7

Notes en marge :
Le 10 novembre 1866, le Préfet approuve une délibération du conseil de la Fabrique pour laquelle le conseil cède amiablement à l'Administration de la Marine une portion de terrain qu'elle possède et qui est nécessaire pour l'établissement d'un mât de signaux. Le coneseil est invité à inscrire l'arrêté préfectoral. D'après l'acte de vente, le prix du terrain cédé (1 are, 20 centiares) est de 88 francs. Propriété établie et reconnue.


Note KBCP :
(1) La déesse Cybèle adoptée par les Grecs et les Romains personnifiait la nature. Elle était appelée Appia par les Scythes et les Thraces. Le nom de famille Eppes est une déformation de Appia. Cette remarque est en relation avec la page 77.

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------Page 76-------------------------------------------------------------------------------------------------------------


insinue la même chose que celui de "N.-D. de la Joie". Bâtie sur le bord de la côte, la vaste Chapelle de N.-D. de la Joie est souvent battue par les vents et les embruns de la mer. Il a même fallu élever une digue pour protéger ti ar Werc'hez er Joa, la chapelle de N.-D. de la Joie, et il est nécessaire de la refaire tous les trente ans. Elle est renouvelée en 1888. La façade de la Chapelle est pleine, sans ouverture au portique. L'église n'a que deux portes latérales et une petite poterne dans le pignon est. Le bas côté nord sert à mettre les brancards, les étendards, etc... le jour des processions. On y a pratiqué une cheminée pour cuire ou réchauffer les aliments, les jours de pardon ; une sacristie pour les prêtres, une chambre de service...

C'est la chapelle de dévotion par excellence, elle fournit plus d'offrandes que l'église paroissiale.
En 1804, la chapelle de N.-D. de la Joie est d'une nécessité absolue, vu la dévotion des fidèles. On y fait le catéchisme.
1808 - Mr Le Galle, recteur, demande, selon le désir de la population, d'y dire la grand' messe et les vêpres, un dimanche par mois et les fêtes de la T. Ste Vierge, d'y faire transporter une cloche tombée de


--------------------------------------------------------------------------------------------------------------Page 77-------------------------------------------------------------------------------------------------------------

la Chapelle de Kérity, d'y avoir un autel privilégié, l'autel dit de la Trinité.
1888. On dit la messe et les vêpres à N.-D. de la Joie les jours de fête de la T. Ste Vierge, le 1er jour de l'an, le Mardi de Pâques, le dimanche avant et après les 15 août, le 15 août, jour du grand pardon.


Légende : "Au temps des croisades, trois gentils hommes (1) de Picardie furent faits prisonniers par le grand roi sarrazin Sélim (2) . Ils restèrent prisonnier en Égypte pendant quelques années. Ismérie (3) la fille de Sélim, fut touchée de leur beauté et de leur piété : elle écoutait avec bonheur parler de la religion Chrétienne et se fit instruire parles deux gentils hommes (1) auxquels elle fit rendre la captivité moins dure. Un jour, ils formèrent tous les trois le projet de s'évader pour venir dans le beau pays de France. La jeune fille gagna quelques serviteurs. L'évasion eut lieu. une barque solide attendait les fugitifs sur les bords du Nil ; on s'éloigne à force de rame et on est bientôt en pleine mer. Alors les deux gentils hommes (1) firent vœu de bâtir une église à la T. Ste Vierge, sur le premier point de terre de France qu'ils auraient la Joie d'apercevoir tout d'abord. La navigation fut heureuse.


Note KBCP :
(1) Deux ou trois gentils hommes ? Le Coz hésite. Ils étaient bien trois : Robert, Hugues et Guillaume fils de Guillaume II seigneur d'Eppes. Ces gentils hommes, partis pour la croisade, étaient Chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem.

(2) Il s'agirait ici de Sélim 1er (1470-1520) dit "le Brave", "le Terrible". C'est un sultan Otoman qui conquis nombre de royaumes du Moyen Orient, dont l'Égypte qu'il a vaincu en 1517. Or, les frères d'Eppes ont vécu approximativement entre 1185 et 1260, ce qui ne colle pas à cette période.

(3) Sélim 1er a un fils, Soliman (son successeur et futur Soliman le Magnifique) et quatre filles Hatice , Fatma, Hafsa, Shah. Point de fille nommée Ismèrie ou Isméria... Il exista cependant une Isméria, princesse soudanaise, fille du Sultan du Caire Al-Afdhal Nûr ad-Dîn`Alî (1169-1225). Les dates du règne du Sultan Al-Afdhal concordent avec la période où ont combattu les frères d'Eppes (1210 à 1220 approx.)


--------------------------------------------------------------------------------------------------------------Page 78-------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Au bout de quelques jours, ils voient au loin une pointe de terre, la pointe de Penmarc'h (l'an 1134). Ste Vierge ! s'écrient-ils, nous vous bâtirons là une maison, à vous qui avez obtenu la Joie de revoir notre doux pays de France. Elle sera nommée la maison de N.-D. de la Joie, Ti ar Werc'hez er Joa. Les jeunes gens se rendirent en Picardie où ils retrouvèrent leurs parents, la fille de Sélim fut baptisée et épousa l'un des gentils hommes (1). Ceux-ci n'eurent garde d'oublier d'accomplir leur vœu et bientôt une Chapelle fut bâtie en l'honneur de N.-D. de la Joie, sur la terre de Penmarc'h.

Nous avons entendu dire que la 1èere chapelle se trouvait à l'endroit actuel, à 2 lieues de la mer. Vraiment ? La mer a donc bien envahi. Toujours est-il que la mer touchait à la chapelle quand elle a été bâtie, il y a 300ans et c'est pour cette raison qu'il n'y a point d'ouverture à la façade ouest.

En 1888, au mois d'avril, la mer passe par dessus le mur de défense qui entoure la chapelle, fait plusieurs brèches à ce mur : quelques lames

Note en marge :
Cette légende n'a pas trait à la terre de Penmarc'h, mais à la Picardie. (2)
On peut lire la légende de N.-D. de la Liesse fidèlement rapportée par Mgr Morvan à la fête de Notre-Dame de la Joie.
1er Juillet Buez ar Zent (p.452) (3)


Note KBCP :
(1) Robert d'Eppes. Dans certaines versions, Ismérie entra au couvent. Dans la généalogie de la descendance de Guillaume II d'Eppes, aucun de ses fils ne fut marié à une Ismérie...
(2) Le Coz dit la vérité. La légende Picarde est peu ou prou identique à la légende Penmarchaise. Il est probable que l'originale soit Picarde, la Joie étant un synonyme de la Liesse.
Liesse-Notre-Dame est un village situé dans le département de l'Aisne, dans les Hauts-de-France. La sainte patronne de l'église "Notre Dame de Liesse, source et cause de notre joie" est Ste Isméria, une vierge noire. L'église, devenue basilique en 1923, est construite dans le village situé au milieu des marais de la Souche, comme "N.-D. de la joie au péril de la mer" construite autrefois au milieu des marais de la Joie avant que la mer ne gagne sur la côte.
(3) Buez ar Zent (La vie des Saints). Ouvrage en Breton écrit par L’abbé Claude-Guillaume Marigo en 1752. Cet ouvrage fut réédité et augmenté une vingtaine de fois dont la dernière en 1927, mise à jour par M. Madec.

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------Page 79-------------------------------------------------------------------------------------------------------------

ont passé par dessus les tas de goëmon et ont inondé les dunes et terrains vagues jusqu'au village de Craou-al-liou.
- Le 24 nov. 1888, 41 hommes travaillent à refaire la digue à N.-D. de la Joie ; le 25, 43 hom. ; le 26, 78h. ; le 28, 153 hommes. Travail gigantesque : Coût, 153 francs en pain et en boissons. Prières en commun, chaque soir à la chapelle, vers 4h.
En 1889, on tente de mettre en vente la chapelle de N.-D. de la Joie ; protestation de la Fabrique (voir délibérations), démarches de Mr le Recteur près le tribunal. Affaire avortée par suite de l'opposition de la Fabrique. Restauration complète de la chapelle en 1890.
1903, 20 Septembre. La cloche de N.-D. de la Joie est brisée. |Voir plus loin
1904, 31 Janvier. Bénédiction de la nouvelle cloche |à ces dates
1909, restauration du lambris tombant en ruine. Il faut 200 chaises à N.-D. de la Joie.


La chapelle de N.-D. de la Joie a été classée parmi les monuments historiques le 7 Février 1916. Kérity et St Guénolé même date.