VILLA ET GRAND HOTEL DES GOELANDS


Avant de devenir un hôtel, cette grande demeure "à la Niçoise" était surnommée "Maner ar Parizian", le manoir du Parisien, Château des Goelands ou Villa des Goélands. Le Parisien en question était Antoine Gustave Salavy dit Gustave Salavy, un médecin chirurgien né le 6 Août 1842 à Montpellier. Gustave est passionné de littérature et de théâtre. Il décide d'aller vivre sa passion à la capitale et y chercher gloire et fortune. Il y devient "littérateur".


La Villa des Goélands © Anglaret


L'HOMME

Selon le Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle, il est doué d'une imagination vive, d'une grande verve et d'un véritable talent d'écrivain. Ses écrits sont de cruelles satires politiques et sociales, que leur hardiesse même a empêchées de se répandre dans le grand public. Touche-à-tout, il fut auteur dramatique, journaliste, écrivain, publiciste, chansonnier...

18xx : Premier mariage avec Blanche Adèle Sylva, à xxx.

1870 : A 28 ans, il publie sa première oeuvre : "Les Honnêtes Gens", une comédie en prose en quatre actes.

Pendant la Guerre de 1870, il est mobilisé comme chirurgien des ambulances de la Garde Nationale de Paris. Pour s'évader des horreurs de la guerre, il laisse s'épanouir son côté artiste en composant des chansons patriotiques. Pendant quelques heures, il est fait prisonnier par les Prussiens puis relâché1.

1872 : Il publie "Jacques Renod", pièce en prose en cinq actes, qu'il dédie au Tzarévich de Russie.

1873 : Le 27 Janvier, naissance de son premier enfant à Monaco, Gustave Ludovic Salavy. (Adulte, il deviendra capitaine au long cours.)

1877 : Le 15 Novembre, naissance de son second enfant à Monaco, Blanche Ludovique Salavy. (Adulte, elle deviendra pianiste concertiste.)

1880 : Il publie "Le Livre du peuple" puis ensuite "Ludovic Grausselin" et enfin "Les Jésuites", drame en cinq actes.

1884 : "Les Hurlements" puis ensuite "Le Bourjoué" et enfin "Le Fou", un recueil suite "des Hurlements".



Note KBCP :
(1) Les médecins et personnels ambulanciers n'étaient pas retenus prisonniers par les Prussiens ni par les Français, car, ces personnels soignaient les blessés sur le front, quel que soit leur camp.


MANNER AR PARIZIAN

1885 : Il est en villégiature en Pays Bigouden puis réside à l'année à St Guénolé dans une résidence face au Menez.

1886 : Son fils Gustave Ludovic, 14 ans, sauve un mousse de la noyade à Saint Guénolé le 14 octobre. Pour ce haut fait, il reçoit la médaille d'argent de deuxième classe.

1889 : Le 29 Avril à Monaco, Gustave épouse en seconde noce Blanche Pilté, veuve Louis-Jules Gravet.

1889-1890 : Pour moins de 5000 fr, il achète 5 lots de "terre" pour 2,7ha au Menez Kérouïl

1891 : C'est par le creusement de la cave et des citernes que commencent les travaux. Des travaux qui utilisent force dynamite. Puis c'est la construction des "communs" au rez-de-chaussée. Et enfin la construction de l'espace vie au premier (et seul) étage de cette vaste demeure. Selon les plans, la demeure mesure 24,40m x 13,50m pour une hauteur de 14,00m hors sol et hors "potiches"(!!!). On comprend pourquoi un tel édifice, exceptionnel par sa taille en Pays Bigouden, ait impressionné les foules au point d'en faire un château !

La cave de 4,50m sous plafond, a été creusée dans le roc sur plus de 3,50m. Un escalier y dessert le rez-de-chaussée.

Le rez-de-chaussée. On y trouve la cuisine, la laverie et la lingerie. Un escalier y dessert le premier étage.

L'étage est desservi côté Sud-Est par un imposant péristyle de 34 marches en haut duquel le perron (1) débouche sur un vestibule (2). Face à celui-ci, une salle à manger (3) flanquée de deux salons (4). On y trouve quatre chambres (5) dont une double (6). L'aménagement est complété par la présence de toilettes (7), d'un monte plats (8) et d'un office (9) face auquel un escalier communique avec les communs et avec la terrasse (10) offrant une vue magnifique de la pointe Bigoudène. Six cheminées en marbre chauffent ces pièces qui toutes communiquent entre-elles. Les façades Nord-Est et Sud-Ouest comportent chacune une vaste terrasse (11) accessible depuis les chambres par porte-fenêtres, offrant une vue imprenable sur Poul Briel, menez Kerouïl et le port de St Guénolé. Ces deux terrasses sont montées sur le toit des deux réserves d'eau de pluie dédiées aux besoins journaliers, creusées dans le roc sur quatorze (!) mètres de profondeur. Une petite terrasse (12), montée au dessus du perron de la porte Nord-Ouest et accessible depuis deux portes-fenêtre de la salle à manger, offre une vue impressionnante sur le large et le rocher des Victimes.


Plan de l'étage "vie".

La Villa des Goélands Façade côté Terre (Sud-Est) © Villard

La Villa des Goélands Façade côté Terre (Sud-Est) © Andrieu

A part son incongruité "esthétique" dans le paysage Bigouden, l'originalité de ce "manoir" de grande taille en granit, réside aussi dans sa cour, protégée par des murs et fermée d'une grille en fer décorée de vasques de bronze achetés à l'Opéra Comique de Paris après sa rénovation, ouvrant sur un perron de 34 marches.

La cour de 1,35ha est couverte par 0,8ha de serres abritant des vignes.

1892 : Les aménagements. Réalisation d'un mur d'enceinte, avec grilles côté roche du Préfet et porte en fer forgé côté terre (S-E).
Creusage de l'enceinte sur un mètre de profondeur afin d'y apporter de la bonne terre amendée de goémon et de fumier qu'on peut travailler à la charrue.
Puis c'est l'installation de dix serres sur ces terres neuves le long des murs d'enceinte. Côté mer (N-O) , trois citernes de sept mètres de profondeur ont été forées dans le roc, approvisionnant en eau des citernes secondaires non couvertes grâce à une pompe hydraulique. Ces citernes alimentent les systèmes d'irrigation pour la plantation de 5000 pieds de vigne à "boire et à manger".
Arrivé à maturité, le "Chasselas deuz Penmarc'h" avait sa clientèle !


À gauche, les serres de la Villa - 1905 © F Hennequin, Arch. Finistère

À l'arrière plan, les serres de la Villa - 1905 © F Hennequin, Arch. Finistère

Une grande salle de bains extérieure, des écuries, un atelier et des remises sont bâties dans l'enceinte où on y construit aussi le logement de fonction du garde.

Au bout du compte, la villa et ses dépendances lui coûtèrent près d'un million de francs or (selon Gabriel Puig de Ritalongi).


Visite de la Villa des Goélands par G. P. de Ritalongi

1893 : Son fils Gustave Ludovic, sauve de nouveau une personne de la noyade. Pour ce deuxième haut fait, il reçoit la médaille d'argent de première classe. Il n'a que 20 ans.


REVERS DE FORTUNE

1897 : Faisant face à des soucis financiers, il doit gager sa villa pour pouvoir emprunter de l'argent.

Il devient Rédacteur en chef du journal mensuel "Le Cyclone".


Lors de l'affaire Dreyfus, il produit des articles violents en réponse au "J'accuse" de Victor Hugo.


1899 : Son fils Gustave Ludovic, matelot du bateau de sauvetage de la station de Saint Trojan (Ile d'Oléron - Charente Inférieure) , reçoit le Prix de l'Amiral Jacquinot. 

1899 : En Août, son épouse, Blanche Pilté Salavy décède à Ivry-sur-Seine (Seine), à l'âge de 57 ans.  


1900 : Ruiné, étant dans l'impossibilité de faire faces aux échéances de son prêt, sa créancière, Céline Marie-Julie Gaud née Avril, demande la saisie et la mise en vente de la Villa des Goélands. Elle est accompagnée dans sa requête par deux autres créanciers, Mme Marie-Eugénie Nathalie Auchois de la Vallée née Frégère et M. Louis Roux. La mise à prix est fixée à 15.000 francs.

Une publicité relative à la vente aux enchères publiques de la «Villa des Goélands» par le notaire Le Scour est encartée dans le journal «Le Finistère» du 28 novembre 1900.


Version PDF de l'encart publicitaire



Le descriptif fourni par cette publicité nous renseigne davantage sur l'immeuble et ses dépendances :


Article 1er

Une villa dite VILLA DES GOÉLANDS, comprenant une Maison d'habitation, ayant quatre façades, construite en pierres de taille, couverte en zinc, ayant sous-sol, rez de chaussée et 1er étage ; on accède au rez de chaussée par un escalier en pierre de 31 marches. Cette maison, surmontée d'une Terrasse, de longueur 24m50, de largeur 13m60 et de hauteur 13m20 environ.
Elle ouvre au sud, au sous-sol, par deux croisées1 et deux portes donnant sur un petit perron ; au premier étage, par quatre croisées et portes vitrées donnant sur le grand escalier.
À l'ouest et à l'est, au sous-sol par deux croisées sur chaque façade. Au nord par quatre croisées et deux portes vitrées.
Au premier étage, au sud, par deux croisées et deux portes vitrées donnant sur terrasse ; à l'est et à l'ouest, par deux croisées et deux portes vitrées ; au nord par quatre croisées et deux portes vitrées également sur terrasse.


Art. 2

Du côté de l'est et de l'ouest, se trouvent deux citernes, ayant l'une 12 mètres de profondeur et l'autre 6 mètres sur une longueur de 9m20.
Au nord, une autre citerne ayant environ 24m50 de longueur.

Cette maison comprend, au sous-sol, huit pièces ayant ouverture sur tous côtés. Au rez de chaussée ou premier étage, 10 grandes pièces, dont six avec cheminées en marbres ; toutes ces pièces communiquant ensemble.
Deux caves ayant la longueur de la dite maison et ouvrant par 8 soupiraux sur tous côtés.


Art.3

Six serres formant le tour de la villa, ayant de longueur environ 208m90, de largeur 7m20 et de hauteur environ 6 mètres.
Toutes ces serres possèdent des bassins en pierres de taille pour l'arrosage.


Art. 4

Une autre serre ayant de longueur 55m60 environ, de largeur 27m20 et de hauteur 6 mètres environ.

Art.5

Au sud, un petit bâtiment construit en pierres et moellons et couvert en ardoises servant de salle de bains et décharge, mesurant de longueur 18m40, de largeur 4 mètres et de hauteur moyenne 3m50. Il ouvre par quatre portes et quatre croisées dans l'intérieur de la villa.

Art. 6

Dans les terres, se trouvent quatre citernes, mesurant environ 6 mètres de profondeur sur 4 mètres de longueur et 4 mètres de largeur.

Art.7

Au sud-est, un bâtiment construit en pierres et moellons et couvert en ardoises, servant de remise et d'écuries, mesurant de longueur 28m70, de largeur 6m30 et de hauteur moyenne 8m50. Dans ces bâtiments se trouve une citerne ; il ouvre au sud par trois croisées et quatre tabatières.

Art. 8

Deux poulaillers mesurant chacun environ 8m60 de longueur, 4m60 de largeur et de hauteur moyenne, environ 4 mètres.

Art.9

Un bâtiment, dit maison de garde, construit en pierres et moellons, couvert en ardoises, ayant deux pièces au rez de chaussée et un grenier d'étage, mesurant de longueur 9m70 et de largeur 4m50 et de hauteur moyenne environ 4 mètres. Il ouvre sur la route par une porte et une croisée. ; au nord par une croisée ; à l'ouest par une porte.

Art. 10

Au sud-est, une autre citerne mesurant 6 mètres de longueur sur 6 mètres de largeur et 4 mètres de profondeur.

Le surplus de la propriété se trouve sous cours, cultures et pâtures.
Elle n'est point habitée, sauf l'art.9, où se trouve le garde.


Cette propriété à laquelle on communique de la route par deux grandes grilles et portes cochères, donne, par ses confins généraux, du nord et de l'ouest sur l'océan ; de l'est sur Menez-Kérouil et du sud sur chemin de servitude menant à la Torche.

Tous ces immeubles sont imposés au rôle des contributions foncières de la commune de Penmarc'h, pour une contenance totale de 2 hectares 6 ares et 98 centiares ainsi qu'il résulte d'un extrait de la matrice des propriétés foncières de la susdite commune dont la teneur suit :


Note KBCP :
(1) Croisée : La croisée désigne à l'origine une ouverture pratiquée dans les murs d'un édifice pour laisser pénétrer la lumière à l'intérieur. La croisée doit sa dénomination à ce que son ouverture carrée ou rectangulaire était divisée par des meneaux ayant la forme d'une croix latine. Elle prend souvent la forme d'un châssis vitré, à un, deux ou trois vantaux. De nos jours, on dirait une fenêtre. (Infos Wikipédia et Meubliz)


1900 : En décembre, la Villa des Goélands est achetée 29.000 fr aux enchères par le conserveur René-Pierre Béziers (Usine à L'Ile Fougère de St Guénolé).
Un belle affaire au regard du prix de construction du domaine !


1903 : Le 30 Mars, Gustave Salavy tente de se suicider au Théâtre Français.


Gustave Salavy finira par sortir de la Salle Trélat de l'hôpital de la Charité où il occupait le lit 25.


Une demande d'aide fût lancée aux amis des arts afin de l'aider à finir sa vie décemment.


Depuis lors, on perdit sa trace...


L'HOTEL-RESTAURANT DES GOELANDS

1911 : Les Goélands sont transformés en hôtel-restaurant. La villa est rehaussée d'un étage comportant 11 chambres. L'escalier monumental est supprimé.
Les caves, le rez-de-chaussée et surtout le premier étage sont modifiés. L'hôtel est loué à Hyacinthe Moguérou.


Grand Hôtel des Goélands. Vue côté Terre (Sud-Est) © Villard

Grand Hôtel des Goélands. Vue côté Mer (Nord-Ouest) © Tanniou


13 Juillet - Menu d'inauguration de l'hôtel-restaurant

1920 : Fin d'exploitation de l'hôtel par Hyacinthe Moguérou qui a fait construire son propre établissement.
Poursuite des activités hôtelières par Mademoiselle Popy et Madame Richel dans une partie de l'hôtel.
L'hôtel est mis à disposition des organisateurs de la future fête des Cormorans.

1921 : L'hôtel sert de "salle de spectacle" pour la première Fête des Cormorans et l'élection de sa Reine...

1925 : Poursuite des activités hôtelières par Mademoiselle Popy, seule.

1928 : Achat de l'hôtel par l'industriel et sénateur Paul Lederlin qui en fait sa résidence de loisirs et retrouve son nom de Château des Goélands.

1941 : Achat du Château -meublé- par Henri Friant et son épouse Marie, née Quéré, industriels, propriétaires de la biscuiterie des "Filets Bleus" à Quimper.

Paul Lederlin

1956 : Achat par la villle de Courbevoie qui la transforme en centre de vacances pour enfants.


Emplacement de la Villa des Goélands © Jack